
Portrait de Tarik Mounim, jeune acteur d'origine marocaine
Date 28/6/2007 0:00:00 | Sujet : Culture
| Jeune acteur aux grandes aspirations, Tarik Mounim vient d’achever son premier tournage marocain. Pour lui, foi et passion riment aisément avec ambition, une soif de réussite qu’il assume aussi bien que ses rêves. Pour se faire tirer le portrait, ce lundi matin, d’entrée de jeu, Tarik Mounim n’est pas au mieux de sa forme. À sa décharge, un tournage la veille qui s’est achevé tard dans la nuit. Fort heureusement, très vite, Tarik émerge, réunit ses esprits et s’anime. Aux oubliettes le léthargique, c’est un autre homme qui se révèle et qui explique avec fougue son amour du cinéma, ses objectifs et ses rêves, autant de réjouissances qui ne manquent pas de le réveiller. À moins que ce ne soit le café. Les premiers pas Tout commence en France où Tarik voit le jour, à Dole, ville natale de Louis Pasteur. Cela ne suffira pas à éviter à Tarik d’avoir la rage. Celle de réussir, rassurons-nous. D’abord dans la musique où il trouve du réconfort pour mieux faire face à son enfance mouvementée. Activité professionnelle du père oblige, les déménagements seront fréquents. Malgré une agréable expérience théâtrale au collège (interpréter le dieu Pan entouré de bacchantes, ça ne se refuse pas), il n’a pas encore de véritable coup de cœur pour le métier de comédien. La musique dans un premier temps, donc. Il compose, écrit, prépare une maquette et délaisse cette petite abréviation de trois lettres, si chère au parents : bac. Par chance, la maquette travaillée par ses soins est repérée par un producteur. Direction : un studio d’enregistrement parisien. Tarik découvre alors le charme vénéneux de Paname, avec ses joies mais aussi ses désillusions. Le milieu du show-business n’est pas tout rose, mais néanmoins plein d’enseignements : la drogue qui y circule, les artistes qui se laissent aller et sombrent, croyant déjà avoir atteint les sommets, les magouilles… Tarik observe et apprend. Débrouillard comme pas deux, il enchaîne les petits boulots : de chauffeur-livreur pour restaurants à vendeur dans les plus prestigieuses boutiques de luxe de l’avenue Montaigne, il n’y a qu’un pas. Parallèlement, il sympathise avec la directrice d’un théâtre qui lui propose de s’essayer aux planches. Fonceur, il accepte et fait bien puisqu’il se découvre une passion dévorante pour le jeu. Une amie lui conseille de tenter sa chance dans le cinéma. Il s’intéresse, s’implique, se documente et n’hésite pas à investir ses deniers, gagnés grâce à son petit boulot dans le luxe, dans des cours et ateliers pour parfaire son jeu. Rêves de cinéma Il alterne alors rôles au théâtre, télévision et cinéma en engrangeant une grande insatisfaction professionnelle. Les réalisateurs et directeurs de castings sont, certes, physionomistes, mais pas toujours départis de préjugés. Pour interpréter un terroriste dans “Djihad”, Tarik passera son tour. “Trop beau” lui dira-t-on. On apprend donc qu’un terroriste, c’est forcément moche et qu’un acteur doit avant tout avoir la gueule de l’emploi. Les préjugés ont aussi bon dos quand, au vu de ses origines marocaines, on lui propose régulièrement des rôles de voyous ou de travestis. Il cite volontiers Sami Bouajila ou Roschdy Zem dont il salue le talent et la ténacité qui leur ont permis d’éviter de se laisser enfermer dans des rôles trop souvent caricaturaux. Re-conseil d’amie : tenter sa chance au Maroc. Il commence par faire un tour du côté du Festival du film de Marrakech, en décembre dernier, et prend des contacts. Il en a la certitude, le réseau est la pierre angulaire de toute carrière qui se respecte. C’est d’autant plus vrai qu’il vient déjà d’achever son premier tournage au Maroc, sous la direction de Mohammed Ismaïl, dans le film “Adieu, mère”. Sous fond d’immigration de la communauté juive marocaine début des années 60, Tarik y joue un jeune musulman rebelle, amoureux d’une juive. Pour mieux se plonger dans le rôle, il lit, découvre l’histoire du Maroc, tapisse les murs de sa chambre d’hôtel de photos de Marlon Brando et de James Dean et ne se sépare jamais d’un livre détaillant la méthode Lee Strasberg, célèbre enseignant de l’Actors Studio. Tarik Mounim rêve d’une carrière exemplaire, faite de choix pertinents (exit les projets commerciaux sans intérêt artistique) et voit grand : porter le cinéma marocain au plus haut, internationalement, avec - pourquoi pas ? - un oscar ou un autre grand prix. Pas pour un prestige personnel, explique-t-il, mais pour encourager et inspirer une jeunesse marocaine en manque de modèles. Le cinéma est une histoire d’amour qui se partage, avant tout, avec le public. Son ambition, il l’affiche et l’assume car «il faut rêver pour être grand». Et pourquoi pas ? Aïda Semlali Source: Le Journal Hebdomadaire
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