Photo: Des chrétiens indiens brûlent un exemplaire du roman "Da Vinci Code", à Mumbai le 9 avril 2006
Rien n'aura été laissé au hasard par la Columbia pour faire monter la pression avant le dévoilement de sa super-production de 125 millions de dollars, tiré du roman éponyme de Dan Brown dévoré par 40 millions de lecteurs à travers le monde.
Un TGV spécial avec à bord l'auteur, le réalisateur Ron Howard, l'équipe du film dont les acteurs Tom Hanks, Audrey Tautou et Jean Reno devait arriver vers 18H00 à Cannes, en provenance de Londres. Il effectuera "le plus long trajet en train sans arrêt au monde, soit 1.421 km", selon Eurostar.
La gare de Cannes se parait des couleurs du film dans la matinée en attendant la première cohue du festival avec le débarquement des stars qui s'éclipseront ensuite en limousine vers les quatre palaces de la ville. Le film est omniprésent, de la bâche géante au sommet du Carlton sur la Croisette à l'inquiétante pyramide noire qui se dresse sur le quai du Vieux-port, où aura lieu une soirée réservée à 4.000 invités triés sur le volet, mercredi après la présentation officielle du "Da Vinci Code" en ouverture du Festival.
Mais avant même la projection officielle -- concomitante de la sortie du film dans les salles françaises mercredi soir -- la presse à Cannes découvrira mardi soir en avant-première le film sans doute le plus attendu de l'année, en raison de la polémique qu'il a déclenchée dans le monde catholique.
Ce film d'aventures -- dans les salles du reste du monde à partir de jeudi -- s'appuie, comme le roman, sur la thèse selon laquelle Jésus et Marie-Madeleine auraient conçu une descendance, perpétuée jusqu'à ce jour, une vérité que l'Eglise aurait tenté d'étouffer depuis deux millénaires, utilisant aujourd'hui à ces fins l'organisation conservatrice Opus Dei.
Des Philippines au Pérou, de nombreux dignitaires religieux ont vivement condamné ce roman mais les Eglises refusent le plus souvent d'appeler au boycottage.
Le Da Vinci Code ne participe pas à la compétition
"Le rôle de l'Eglise dans cette affaire est de donner des éléments de compréhension et d'analyse. Nous désapprouvons toute action violente qui viserait à empêcher des projections ou des gens de s'y rendre : ce sont des actions d'un autre temps", a déclaré à l'AFP Mgr Jean-Michel Di Falco Léandri, président du conseil pour la communication de la Conférence des évêques de France.
"Je ne me prononce pas sur le film sans l'avoir vu! Restons calmes !", s'est exclamé Mgr Di Falco.
La direction du Festival attend avec sérénité cette ouverture hypermédiatisée pour ensuite laisser toute la place à la compétition, à laquelle le Da Vinci Code ne participe pas.
Après un cru de haute volée en 2005 mais laissant peu de place à la nouveauté, les organisateurs ont voulu donner un coup de jeune à la sélection de 20 films.
Quatre cinéastes en lice pour la Palme d'or sont nés dans les années 70 : les américains Richard Kelly et Sofia Coppola, dont la "Marie-Antoinette" est d'ores et déjà un événement annoncé du festival -, l'italien Paolo Sorrentino, le français Xavier Giannoli.
Cannes compte aussi rester fidèle à son ancrage "politique", en abordant les attentats-suicide du 11 septembre 2001 avec "Vol 93" de Paul Greengrass et "World Trade Center" d'Oliver Stone, la carrière de Silvio Berlusconi ("Caïman" de Nanni Moretti) ou les ravages de l'industrie du fast-food ("Fast Food Nation" de Richard Linklater).