Photo: Des chrétiens indiens brûlent un exemplaire du roman "Da Vinci Code", à Mumbai le 9 avril 2006
Pas plus que son prédecesseur Jean Paul II, le Pape Benoit XVI ne s'est à ce jour exprimé sur la thèse du best-seller de Dan Brown, selon laquelle Jésus aurait eu des enfants avec Marie-Madeleine, avec une descendance jusqu'à ce jour, une vérité que l'Eglise se serait efforcée d'étouffer depuis deux millénaires.
Cette idée est reprise dans le film américain Da Vinci Code, présenté en avant-première mondiale le 17 mai au Festival de Cannes avant d'envahir les écrans du monde entier les 18 et 19.
Le silence du Vatican n'empêche cependant pas des dignitaires de premier plan de répondre à ce qu'ils ressentent comme une nouvelle attaque contre leur religion, près de vingt ans après La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese (1988).
Le cardinal Francis Arinze, préfet pour la Congrégation du Culte, a appelé les chrétiens à utiliser tous les "moyens légaux" pour empêcher la sortie du film. "Il y a des moyens légaux pour que le droit à la foi d'autrui soit respecté. C'est un droit fondamental", a-t-il prévenu.
Mais la très puissante Eglise polonaise s'est limitée de son côté à rappeler récemment des critiques qui reprochent au roman "un grand nombre d'erreurs historiques flagrantes".
En Allemagne, l'église catholique "ne veut pas de conflit", a prévenu le secrétaire de la Conférence épiscopale, père Hans Langendörfer.
En Grèce, l'Eglise orthodoxe a publié une brochure qui sera distribuée dimanche dans toutes les églises, dans laquelle elle condamne "le contenu aberrant de l'oeuvre".
C'est hors d'Europe qu'il faut chercher certaines des réactions les plus virulentes.
Au Moyen-Orient, les autorités égyptiennes ont demandé le retrait du film, pourtant préalablement autorisé par la commission de censure, a indiqué à l'AFP le distributeur égyptien des films de Columbia, Gabi Khoury.
Contre-offensive
En Jordanie, le directeur de l'Autorité de l'audiovisuel, Mohammed Shawabkeh, a prévenu qu'"il y avait de bonnes chances que le film soit interdit en raison des réactions hostiles qu'il risque de susciter parmi les chrétiens".
Au Pérou, la Conférence épiscopale a qualifié le film comme le livre d'"attaque systématique contre l'église catholique visant à répandre des mensonges et distorsions sur la figure du Christ et de son Eglise".
Mais la conférence épiscopale péruvienne invite ses ouailles à "un jugement critique" et s'abstient d'appeller à un boycott, dans ce pays où le mouvement catholique réputé conservateur, Opus Dei, une des cibles du roman de Dan Brown, est très influent.
L'Opus Dei a lancé aux Etats-Unis une contre-offensive médiatique, appuyée par certains groupes religieux conservateurs comme "Les femmes inquiètes pour l'Amérique" (CWA), qui dénoncent "un livre truffé de mensonges, de déformations de la réalité, d'images sataniques et d'inexactitudes historiques, toutes destinées à instiller le doute dans les esprits des lecteurs à propos du caractère divin de Jésus Christ".
Selon un récent sondage, 13% des Américains et 17% des Canadiens croient désormais à la thèse d'une descendance de Jésus.
Aux Philippines, pays majoritairement catholique, le principal conseiller de la présidente Gloria Arroyo, Eduardo Ermita, a invité la commission de classification des films à ne pas autoriser le Da Vinci Code.
Mais la conférence épiscopale nationale a refusé de prendre position. "Nous ne voulons pas en rajouter dans la folie de commercialisation et de marketing (du film), car tout cela se réduit à une question de gros sous, pas de religion", a expliqué le porte-parole de la Conférence, Mgr Pedro Quitorio.
En Inde enfin, une organisation catholique, le Forum séculier catholique, a appelé à une manifestation ainsi qu'à une grève de la faim contre la projection du film.