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Femmes : Aicha Ech-Chenna , un coeur de femme !

   
 
Posté par kamal le 28/12/2001 0:00:00 (117 lectures)

« vous encouragez le libertinage. Vous demandez que des droits soient reconnus à des pécheresses qui devraient être lapidées pour leur faute. Vous défendez des prostituées ». Des accusations qui tombent tel un couperet mais Aicha Ech-Chenna n’en a cure.








Présidente de l’Association Solidarité Féminine, elle n’est plus à présenter.

40 ans de social derrière elle, cette femme ronde d’une soixantaine d’années, a su se frayer un chemin à travers des dédales sinueuses et bien sombres. Elle se révolte contre les esprits rétrogrades et défie les tabous. Cette femme pleine de bonté et d’une générosité inépuisable, a su se rallier à une noble cause : venir en aide aux mères célibataires.

Derrière son sourire chaleureux et son regard débordant de tendresse, se cache une femme de caractère. Aicha Ech-Chenna a pu bâtir les premières pierres de son édifice. Elle dénonce les injustices, accueille à bras ouverts des jeunes filles rejetées par tous, victimes de fausses promesses de mariage ou d’agressions. Voici les grandes lignes de notre entretien.



Menara : Pourquoi avoir choisi de faire du social votre cheval de bataille?

Aicha Ech-Chenna : l’injustice me révolte. J’ai ouvert les yeux sur la notion de solidarité comme d’une donne inhérente à l’être humain. On m’a toujours enseignée qu’aimer son prochain, c’était donner autant que l’on pouvait. Il m’était inacceptable de rester indifférente à la détresse des gens. Je ne pouvais rester les bras croisés alors que je pouvais retrousser mes manches. A l’époque, il y avait beaucoup à faire et aujourd’hui encore, il reste du pain sur la planche.



Menara : le statut de la femme ne connaît aucun changement. Comment expliquez-vous cela ?

Aicha Ech-Chenna : nous devons savoir une chose : les mentalités ne peuvent évoluer du jour au lendemain. SM le Roi compose avec le Marocain moderne ouvert au changement et le Marocain conservateur. Une commission est en train de réfléchir sur les possibilités de réformer le code du statut personnel. C’est un imbroglio qui implique beaucoup d’enjeux. Il faut que cela prenne le temps nécessaire, l’essentiel est d’arriver à un résultat positif et équitable. Sinon nous sommes présentes pour rappeler les institutions à l’ordre et réveiller cette société qui somnole parfois.



Menara : peut-on parler d’un réveil de la société marocaine ?

Aicha Ech-Chenna : pas tout à fait. La société reste encore réticente. Plusieurs personnes dénigrent ces femmes et les encouragent à abandonner leurs enfants. Je ne m’explique pas cette réticence et je ne la comprends pas. Ce n’est pas un problème de religion. L’Islam a toujours incité ses croyants à reconnaître leurs enfants. « Appelez-les par le nom du père », n’est-ce pas une preuve suffisante ?

je pense que certains préfèrent interpréter la religion à des fins qui les arrangent mais la parole sacrée de Dieu ne peut résumer une telle ignominie. Aucune religion ne détruirait l’avenir d’un enfant, encore moins l’Islam qui est tolérance et amour. Alors cessons de dire des bêtises.



Menara : les mères célibataires ne sont pas reconnues officiellement au Maroc. Aucun texte de lois ne les protège. Qu’en pensez-vous ?

Aicha Ech-Chenna : c’est une situation contraire aux principes universels des droits de l’Homme. Ces mères sont bafouées dans leur dignité et la loi choisit les désigner comme principales fautives. Comparons nos filles avec celles de l’occident. Vous verrez que les mères célibataires ont parfois choisi de l’être. Elles sont guidées par des assistantes sociales, prises en charge financièrement et ne sont en aucun cas marginalisées. Par-contre, les mères célibataires marocaines encourent des peines d’emprisonnement d’une durée de six mois pour prostitution. Comment peut-on condamner une petite bonne violée par son maître ou une fiancée délaissée sous prétexte qu’elles ont péché mais elles sont pécheresses de quoi ? C’est aberrant et tellement injuste. Il est primordial de sensibiliser la société, de ne plus considérer l’éducation sexuelle comme un sujet tabou mais au contraire de l’enseigner pour éviter tous ces drames.



Menara : les programmes scolaires devraient-ils comprendre l’éducation sexuelle comme c’est le cas dans certains pays ?

Aicha Ech-Chenna : absolument. Plusieurs versets coraniques traitent de l’éducation sexuelle et nous somment de l’inculquer aux personnes ignorantes. En allant dans des lycées ou dans des centres de formation, j’ai pu m’apercevoir que les jeunes n’y connaissaient rien mais qu’ils étaient très curieux d’apprendre sans chercher à verser dans le vulgaire. Je ne comprends pas pourquoi les adultes font un blocage à ce niveau, ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ?




 
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