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e cinéma est un acte citoyen" nous dit Narjiss Nejjar. A travers un cinéma emprunt d’une émotion pénétrante, cette jeune réalisatrice marocaine nous transmet ses craintes et ses doutes d’une culture si riche mais si divergente à la fois. Par le biais de ses images, ses personnages, elle retrac
Menara Femmes : Qui est Narjiss Nejjar ?
Narjiss Nejjar : Une jeune femme de trente ans qui tente de rendre compte des mouvances de son pays…
Menara Femmes : Pourquoi avoir choisi d’être réalisatrice ?
Narjiss Nejjar : Parce-qu’ une société muselée induit une forme dangereuse de schizophrénie en chacun de nous et qu’à ce titre, il devient indispensable de faire sauter les verrous pour apprendre dans un premier temps à exprimer nos douleurs souvent muettes et dans un deuxième temps, nos manifestations de bonheur. Celui peut-être d’une liberté chèrement acquise.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontré en tant que femme dans le milieu du cinéma, un domaine encore fermé ?
Narjiss Nejjar : Je crois sincèrement que les codes changent doucement. Néanmoins il faut parfois bousculer, quitte à heurter les sensibilités pour imposer des codes qui, pour la plupart des hommes relèvent des paysages inconnus. C’est à dire que nous les femmes, devons faire accepter des vues, une manière d’appréhender le monde de façon différente et semblable à la fois, bien que tout cela paraisse paradoxal. Différente parce-que nous ne nous ressemblons pas et semblable parce-que nous sommes locataires du même monde et que ce monde a besoin de passerelles pour que nous puissions cohabiter. Je reste donc convaincue que toutes les entités ont une place à prendre…
La scolarisation des petites filles est au centre des conversations. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une réelle prise de conscience ?
Narjiss Nejjar : oui, si cette prise de conscience s’accompagne, non pas d’un programme mais de mesures drastiques quant à une population qui continue de porter caution à l’exploitation d’autrui, donc un déni de soi….
Le septième ciel, un court métrage qui traite de la condition des petites filles dans le village. Pourquoi ce film et aujourd’hui ?
Narjiss Nejjar : Parce-que je vis avec une petite fille qui a failli ne jamais aller à l’école et probablement qui aura signé toute sa vie de son pouce au bas d’une feuille blanche. Ce film est un peu son histoire, servi par un traitement complètement symbolique, voire onirique, parce-qu’il y a dans le rêve une douleur immense, celle d’une quête éperdue et parfois impossible. J’ai voulu forcer ce rêve pour qu’il accouche d’un champ des possibles.
Pensez-vous que le statut de la femme marocaine pourra évoluer ?
Narjiss Nejjar : il faut continuer de forcer le rêve mais forcer suppose souffrir parce-que c’est se cogner fréquemment...alors oui, si nous sommes prêtes à assumer nos bosses.
On parle beaucoup mais on agit peu, qu’en dites-vous ?
Narjiss Nejjar : La léthargie est la conséquence d’un état d’esprit dans lequel on nous a enfermés et aujourd’hui, ce même discours est énoncé à tort et à travers pour justifier nos lâchetés.
Qu’est-ce qui ferait bouger les choses ?
Narjiss Nejjar : Se regarder dans une glace et accepter nos balafres hideuses.
Que pourrait apporter une jeune réalisatrice marocaine à des centaines de femmes bafouées dans leurs droits et dans leur dignité ?
Narjiss Nejjar : Harceler les consciences en faisant des films et des films…
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