l y aurait quelque 3.000 Marocains à New York. La communauté n'a pas été épargnée par les effets des attentats du 11 septembre. Comment certains vivent les conséquences de la trégédie ?
Non loin du Herald Square, en face de Macy's, le plus grand magasin du monde, le 15 octobre, il est midi passé. Entre la 6e et la 7e Avenue, 34e Rue, un attroupement s'agglutine autour d'un groupe d'une dizaine d'Afro-américains portant un déguisement censé les distinguant des autres, robes longues arborant l'étoile de David. Ils clament être censé en faire les portes-parole du « Vrai peuple d'Israël », énorme étoile de David dorée en boucle de ceinture.
Le leader domine la foule du haut d'une estrade, secondé par un autre, armé d'une copie du Nouveau Testament. Il tonne dans un micro qui diffuse un message important. Il explique pourquoi le World Trade Center a été détruit le 11 septembre.
"J'avais annoncé ici cette catastrophe, il y a à peine deux mois, en prélude à la fin du monde dont nous avons toujours annoncé le déclenchement au cœur de New York ! Vous y voilà!" Il se lance dans une diatribe liant cette apocalypse aux méfaits des « hommes blancs », appuyée par de fréquentes références à des
paraboles puisées par l'assistant dans la Bible.
Abdelmajid A. écoute le message, et si ce n'est pas la fin du monde pour lui, on ne peut pas non plus dire que ce soit le paradis sur terre. Abdelmajid est citoyen américain d'origine marocaine. Il est arrivé il y a seize ans sans moyen à New York, après un bac passé à Casablanca. Il a fait toutes sortes de petits boulots, a fait quelques stages rapides de formation,
et après avoir obtenu la nationalité US, il a travaillé dans le « katering business », comme serveur chez un grand traiteur de Manhattan.
Il y a deux ans, Abdelmajid a contracté un crédit de trente-mille dollars, et s'est inscrit à l'Université d'hôtellerie de Pittsburgh, en Pennsylvanie, pour un programme destiné à lui permettre de postuler pour un poste de manager dans un grand restaurant.
Un mois avant la fin de sa formation, il a passé un entretien avec une chaîne d'hôtel de luxe, pour un poste à New York, et tout s'est bien passé. Tous les détails de son recrutement ont été discutés, fixant son salaire à près de quarante cinq mille dollars par an, pour commencer.
Trois jours après les attentats, il a reçu un appel de ses futurs employeurs : son poste avait sauté. « Désolé, nous ne pouvons plus vous engager », s'est-il entendu dire au téléphone. Abdelmajid est tout de meme retourné à New York, a contacté d'autres employeurs potentiels, sans succès.
Il rappelle son ex-employeur, qui accepte de le prendre pour le poste de serveur, mais lui indique au passage que le nombre d'heures de travail sera la moitié de ce qu'il faisait d'habitude.
Normal, puisque selon le département du tourisme, le taux de fréquentation des restaurants dans le Midtown a été réduit de moitié. « Je n'y peux rien, se résigne Abdelmajid. Il faut bien manger. » Mais Abdelmajid jouit encore de la liberté de circuler.