evenu un élément important de l'économie, le vêtement est voué au renouvellement perpétuel car peu de gens osent finalement se soustraire aux décrets de la mode. Habit traditionnel, mais faisant de plus en plus appel à d'autres métiers, le caftan n'échappe pas à cette règle.
Grâce à l'initiative de la revue féminine "Femmes du maroc",
d'instituer, depuis 1996, un rendez-vous annuel qui lui soit entièrement consacré, sa mue ne se fera pas dans l'anarchie.
Preuve en a été donnée tout au long d'une semaine (du 19 au 26 avril), durant laquelle défilés de costumes traditionnels anciens et créations originales signées par de jeunes talents ou
portant la griffe des pionniers, se sont succédés.
Le show final, qui a eu lieu vendredi dernier, était le clou de la
manifestation où les stylistes marocains ont fait preuve d'un véritable
savoir-faire et d'un talent indéniable non seulement à travers les modèles présentés mais aussi à travers les accessoires, broderies, la qualité de l'ouvrage et des finitions répondant aux standards de la haute couture internationale.
Les jeunes sélectionnés ont décliné leurs collections en alternance avec les stylistes dont la renommée est déjà bien assise. Nous pouvons citer Lahoucine Aît Al Mahdi, Noureddine Amir, Nabil Dahani, Samira Haddouchi, Mohamed Lakhdar et Mouna Jdaîni Saîl.
Sensibles aux propensions des jeunes à vouloir s'inscrire en rupture avec les tendances et les goûts de leurs prédécesseurs à leurs yeux, archaïques, ces révélations ont fait réellement figure de novateurs apportant une fraîcheur à cette édition.
Le public, qui comptait bon nombre de jeunes filles, a pu ainsi apprécier, aux côtés des collections où l'aspect traditionnel l'emportait sensiblement sur l'innovation (celle de la styliste Zhor Raïs notamment), d'autres qui ont osé.
Grâce à L. Aît Al Mahdi, le jean, tissu universel a pu réussir son entrée et par la grande porte dans le monde du caftan avec des tonalités typiquement berbères et des couleurs mariées de la manière la plus insolite.
Ces jeunes ont également révolutionné modèles et coupes traditionnels.
Les tenues fendues généreusement sur le côté laissant apparaître un pantalon ou un saroual assorti, les caftans qui s'évasent sur des paniers circulaires ou arborant des formes géométriques et un tantinet excentrique faisaient légion et étaient fortement applaudis par les jeunes et les moins jeunes.
Certaines créations ont hissé les tenues présentées au niveau de l'art dans sa dimension la plus large. C'est le cas notamment de la collection du jeune Noureddine Amir, auteur de véritables oeuvres plastiques.
En atteste également la tenue rouge, couleur choisie pour cette édition, portée en final par le mannequin international Adriana Karembeu.
L'événement caftan a offert l'opportunité à des jeunes de perpétuer ce vêtement, à la fois utilitaire et d'apparat, dans l'espace et dans le temps, en tant qu'élément culturel chargé de signes et d'émotion tout en l'inscrivant dans la modernité, dans le mode de vie des jeunes générations réconciliées ainsi avec l'habit traditionnel.
Un habit revisité d'une manière élégante et raffinée, mais aussi bien ancrée dans les airs des temps.Il s'agit là, en faite, d'une des premières réussites du maroc dans la sauvegarde de ses spécificités culturelles face à la mondialisation rampante.