ouleverser l’ordre patriarcal. Voici, le cri de cœur lancé par toutes les associations marocaines. L’écart existant entre marocain et marocaine reste toujours difficile à franchir. 50 ans après l’éclosion de la Déclaration des Droits Humains, nous constatons que le bilan de plusieurs années de combat, de militantisme et de sensibilisation des mentalités, reste largement décevant à l’égard de nous autres, les femmes marocaines.
Sans exception aucune, la femme marocaine porte en elle les contradictions d’une société à la fois moderne et traditionnelle. L’inégalité, « légalisée » par les textes, ne fait que renforcer ce sentiment de discrimination. Ne jouissant pas des mêmes droits civils, économiques et socioculturels, la femme marocaine s’est contentée pendant fort longtemps, des quelques miettes que le législateur a bien voulu lui concéder.
Mais ne s’arrêtant pas là, le droit positif a choisi de régir le cœur de nous autres, de contrôler nos sentiments, de définir qui nous devons aimer et qui nous devons rejeter, sous peine de tomber sous le couperet de la loi. Non content d’établir des frontières envers nous et nos compatriotes mâles, il a choisi de dresser des frontières avec le reste du monde. Savez-vous Mesdames, que si votre cœur bat pour un étranger musulman(bien entendu, sinon …), vous devez y penser à deux reprises. Ne laissez point vos sentiments vous guider(malheureusement) mais faites appel à votre raison.
Avant de répondre par l’affirmative à l’être aimé, pensez à toute la paperasse que vous devez réunir, à la queue que vous devez faire devant les administrations et enfin pensez à vos enfants qui eux, ne seront jamais marocains. Oui, vous ne pouvez pas, en tant que femme, transmettre la nationalité marocaine, à votre progéniture, en vous mariant avec un étranger. En effet, c’est une clause absurde à laquelle nous ne faisons pas attention dans le cadre d’un mariage avec un marocain.
Dans nos têtes, cela coule de source mais en réalité, nous ne jouons aucun rôle. Seul le père marocain octroie à ses enfants la nationalité marocaine. Une femme marocaine n’est pas considérée, à son grand dam, comme un sujet entier puisqu’elle ne peut accomplir un acte de citoyenneté à part entière. « Mariée à un étranger, je suis surprise de savoir que je ne peux léguer ma nationalité à mon fils. Mon mari a disparu alors que j’étais encore enceinte. Après mon accouchement, j’ai été inscrire mon enfant à la communauté urbaine au service des étrangers.
A l’ambassade algérienne, la présence du père est requise, faute de quoi, mon fils ne peut avoir ni papiers, ni carte nationale, ni nationalité. Je me demande si je n’avais pas mieux fait de mettre la notion père inconnu pour lui octroyer ma nationalité ! » s’insurge Fatéma, une assistante de direction. Mariée à des étrangers, les femmes marocaines ne sont pas informées à l’avance des difficultés.
Elles en prennent conscience lorsqu’elles donnent naissance à des enfants. « Je ne peux pas inscrire mes enfants sur mon passeport car ils sont considérés par la loi marocaine comme des étrangers. A chacun de mes voyages, je dois faire la queue du côté des guichets pour étrangers et en deuxième lieu, du côté marocain pour mon passeport. C’est un sentiment affreux. Non seulement, je me sens démunie mais je revis toutes les injustices, liées au statut de la femme, qui m’ont fait fuir. » affirme Nada, âgée de 30ans.
La nationalité marocaine est régie par le code de la nationalité du Dahir du 6 septembre 1958. En vertu des dispositions de ce code, la nationalité d’origine est reconnue à la femme au même titre que l’homme. Le père marocain, qui épouse une étrangère, fait bénéficier ses enfants de la nationalité marocaine et ce quel que soit le lieu de leur naissance. Par-contre, ce code ne vous donne pas le droit de la transmettre d’office à vos enfants si vous les avez eus d’un père étranger.
A l’excepté de certaines conditions c’est à dire, si ce dernier est apatride, si sa nationalité est inconnue ou encore si vous décidez d’inscrire sur l’extrait de naissance, que votre enfant est de père inconnu. Vous noterez que le seul cas où les liens du sang sont pris en considération, c’est celui de l’enfant naturel mais dans les autres, c’est le droit du sol qui est pris en compte. La révision du code de la nationalité marocaine, dans un sens plus équitable entre l’homme et la femme, est nécessaire afin de rendre les dispositions des conventions internationales sur l’égalité des sexes conformes à la législation nationale.
Accorder à la mère le droit de transmettre la nationalité à ses enfants n’est pas seulement une façon de rehausser la condition féminine mais une action étroitement liée à la croissance économique du Maroc. Si nous désirons voir la communauté marocaine à l’étranger, investir dans notre pays, et si nous désirons renflouer les caisses de l’état par ses devises, il serait peut-être temps, de penser à rendre plus favorables et plus accueillantes, nos structures archaïques.
« Je n’investirai jamais dans un pays qui me refuse d’avoir la nationalité de ma mère et qui me demande un visa d’entrée à chaque fois que je viens lui rendre visite. C’est un rejet que je ne comprends pas. » plaide Saâd, un informaticien dans une société à l’étranger. Ce refus est-il la rançon de préférer un étranger à un marocain ou serait-ce d’aller à l’encontre d’une politique d’encouragement des investissements dont se targue le gouvernement marocain ?
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